CONFERENCE FAUST, 19 Octobre 1996, Toulouse.

Avec Michel BRET, nous sommes revenus au domaine de l'image. On ne présente plus Michel BRET, explorateur des formes électroniques depuis plus de quinze ans. A Paris VIII, et dont l'oeuvre jouit d'une reconnaissance chaleureuse par tous ceux qui s'intéressent à l'image de synthèse. Avec Michel BRET, on peut bien parler d'oeuvre car il s'est affirmé autant dans le domaine des formes, que celui de la création de logiciels (IKOLIGHT) ou encore d'installations interactives (en particulier avec Hélène TRAMUS et Edmond COUCHOT), son univers poétique d'une très grande beauté plastique est une source d'émotions réelles dans un domaine, celui de l'informatique, réputé pour sa froideur. Le problème de Michel BRET c'est la création et il a stigmatisé immédiatement l'opposition artiste et ingénieur qui court depuis le XIXème siècle. Il a rappelé comment les artistes se sont "emparé" des ordinateurs, dès les années soixante à des fins de créations alors que ces outils étaient destinés à l'armée avec les simulateurs en particulier, il a rappelé l'importance d'une culture artistique pour les ingénieurs comme d'une culture scientifique pour les artistes. Informaticien de formation, il défend le principe que l'ordinateur est un méta-outil c'est à dire un outil capable de générer lui-même d'autres outils ce qui est unique dans l'histoire de l'humanité. Pour lui, il est impossible d'envisager une création réelle à travers les logiciels du commerce par exemple, car ils sont le fruit d'apriori esthétiques d'ingénieurs qui n'ont à proprement parler aucune compétence artistique. Il est vrai que la majorité absolue des logiciels de synthèse s'inscrivent toujours dans l'idée de la perspective Albertienne telle qu'elle a été définie au quatroccento, ils s'inscrivent toujours dans la représentation d'un espace fictif cartésien dans lequel on met plus ou moins en scène des objets créés par une modélisation classique et animés ensuite. Pour lui, l'ordinateur doit permettre de dépasser ces représentations trop classiques qui semblent ignorer que depuis le quatroccento, plusieurs révolutions picturales ont eu lieu. Mais la démarche de Michel BRET est difficile car elle demande d'entrer dans les synthèses informatiques, d'accéder à la programmation afin d'être capable de créer ses propres outils. En plus, dans une programmation de plus en plus complexe en particulier lorsque la programmation s'engage dans la voie des réseaux neuronaux, où les instructions initiales données à l'ordinateur vont être capables d'évoluer elles-mêmes à l'intérieur du système, un peu comme dans le processus de la pensée humaine où l'information est traitée par le cerveau qui la manipule, la connecte avec d'autres informations, etc...

Pour Michel BRET, créer une animation par ordinateur est à l'opposé en quelque sorte de la technique utilisée par John LASSETTER pour "Toy Story" : LASSETTER anime ses personnages de synthèse avec un réel talent d'animateur dans doute mais comme s'ils étaient de vrais personnages : un personnage de chiffon comme son cow boy, Woody, bouge dans un espace fictif mais comme s'il était réellement de chiffon. Michel BRET, lui créé un personnage de l'intérieur, à partir de son squelette et ce squelette de synthèse est "habillé" de muscles. Ce qui fait que le personnage n'est pas seulement une enveloppe lumineuse mais possède une réalité structurelle. A ce personnage, BRET va ensuite demander de faire du vélo sur l'eau. Il ne décide pas du mouvement du personnage, il n'en dessine pas les trajectoires, mais il apprend en quelque sorte au personnage à faire du vélo et ensuite "vogue la galère" et débrouille toi cocotte c'est le personnage qui "décide" de ses mouvements sans que son créateur intervienne naturellement. Cela n'est pas aussi simple mais le résultat est impressionnant.