Guillaume Marcel

BRAVO L'ARTISTE!

Les yeux du personnage : colorés et animés à la main


Première réalisation, franc **uccè**. Son diplôme de DEA en Art** et technologie** de limage fraîchement acquis, Guillaume Marcel, 24 an**, présente en toute simplicité l’Artiste, une caricature poétique de 5 minute**, au Festival européen de la jeune infographie. Séduit par l’imaginaire et la maîtrise technique de ce projet de fin d’études, le jury lui attribue le prix spécial. Quelques mois plus  tard, le comité de sélection d’Imagina le présente à son tour dans la catégorie des films d’école.


Le personnage est familier, le sketch connu de tous, l'interpré­tation originale. Rideau, lumière. Raymond Devos entre en scène en chantant « L'artiste » de Charles Aznavour et en jonglant. Les boules rouges glissent sur le sol, le per­sonnage bascule et tombe à la ren­verse. Transition : le reflet du co­mique dans l'une des sphères vermillons - clin d'œil à la premiè­re scène de Citizen Kane - propulse le bonhomme numérique sur une planche de bois en proie aux vagues


 


(Elisabeth Mollard


 



 


Les déplacements aléatoire de personnages gérés avec le logiciel ANYFLO


La scène d'ouverture


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de l'océan... « J*ai choisi ce sketch de Raymond Devos parce que Partie te est un personnage poétique. L * imaginaire de ce titre se prêtait bien à limage de syn­thèse et offrait une grande liber té car fac­teur est un personnage fictif par excel­lence, » explique Guillaume Marcel.

Au nombre de ses références, le jeune graphiste compte Wallace et Gromit, l'Etrange Noël de Mon­sieur Jack ou encore Roger Rab-bit, mais plutôt que d'imiter ses aînés comme tout créateur est ten­de le faire, Guillaume Marcel a su affirmer son style en déployant des trésors d'ingéniosité. Tous ses fonds, par exemple, ont été traités en lavis, à l'aquarelle, puis ont été scannés avant de recevoir des touches de peinture pour donner du relief. Un mapping a unifié le tout, puis, à l'aide du logiciel Pan-demonium, il a produit des effets « gondoles » afin d'évoquer le re­mous des vagues.

Toutes les fonctions d'animation ont été écrites à la main, image par image et pour animer les yeux du personnage, pas de mapping ; ils ont été colorés à la main. « Cette technique prend beaucoup de temps mais f avals ^impression de manipuler un vrai personnage que j*ai animé comme les créateurs de Wallace et Gromit ont pu le faire. J^ai ressenti le même rapport de proximité qu^avec les techniques tra­ditionnelles, » confie-t-il.

Guillaume Marcel a aussi utili­sé le logiciel programmable ANY­FLO, développé par Michel Bert, professeur à l'université de Paris 8, et pour lequel il a en outre reçu un prix spécial au Festival Imagi­na 97. Anyflo fonctionne en lan­gage interprété (proche du C++) et est tourné vers la création d'ima­ge, en permettant de générer du code pour des fonctions d'anima­tions. Ce logiciel analyse à la fois les scènes et les personnages qui réagissent de manière aléatoire se­lon les algorithmes écrits par le gra-


phiste. Cette fonction a été très uti­le, en particulier pour faire évoluer le radeau.

Le film a exigé un an et demi de travail. En première année (maî­trise), Guillaume Marcel a choisi de travailler la caricature et fa­çonner des visages lui a appris à placer les volumes. A la rentrée sui­vante, après avoir rencontré Ray­mond De vos à qui le projet a beau­coup plu, il s'est attaqué au corps de son personnage afin de l'inté­grer dans son premier film.


A tous ceux qui pensent enco­re que l'animation assistée par or­dinateur produit des images froides, le spectacle de ce petit film pour­rait bien changer leur regard. Grâ­ce au mélange des techniques et à la maîtrise d'un logiciel compliqué mais offrant une grande liberté au concepteur, Guillaume Marcel a produit un film original mêlant 2D et 3D, sans chercher le réalisme, mais en révélant une grande sensibilité.