Michel Bret et Marie-hélène Tramus.

Michel Bret
Une danseuse interactive.
in Le Monde Interactif du 12 septembre 2001.

UN INFORMATICIEN au ser­vice de l'art, un artiste au service de la technologie. Cest par cette ambi­guité que l'on peut présenter Michel Bret. Soixante ans, mathé­maticien et peintre, Michel Bret n'a rien abandonné. Au contraire, il a peut-être donné naissance à une discipline hybride entre l'art et la science. Quand on lui demande s'il a abandonné la peinture, il répond: «Non je suis un peintre numérique. »
Professeur à l'université Paris-VIII dans le département Art et technologie de l'image, Michel Bret n'a pas cessé de peaufiner et d'améliorer le logiciel d'images qu'il a inventé, Anyflo. En 1988, avec son confrère de l'université, Edmond Couchot, il présente La Plume et le Pissenlit. Une manière de renouveler le rapport entre l'ordinateur et son utilisateur. On souffle sur un mini­micro, alors que sur l'écran apparaît un pissenlit ou une plume. La plume vole, les akènes du pissenlit se détachent. Une première interaction que Michel Bret ne fera que développer avec Marie-Hélène Tramus.
Marie-Hélène Tramus, 51 ans, est, elle, devenue enseignante à Paris VIII après des études philosophiques. Dans les années 1980, elle s'est intéressée aux installations vidéos, pour se consacrer à l'image de synthèse dès 1985. En 1987, elle met au point Corps et graphies. Un personnage danse sur un écran. En cliquant sur n'importe quelle partie du danseur, l'utilisateur fait apparaître un autre danseur et ainsi de suite. Les corps se mêlent jusqu'à ressembler à des êtres aux membres multiples.
La collaboration de ces deux chercheurs donne naissance à leur dernière création, Danse avec moi. Le programme propose au spectateur d'interagir en temps réel avec un personnage virtuel. Face au spectateur en mouvement, une danseuse improvise. Il ne s'agit pas d'un clone qui reproduirait les mouvements du spectateur. La danseuse est à proprement parler un être artificiel. Sur certains rythmes, elle semble plus libre ou, au contraire, effectue des mouvements contraints, saccadés, selon ses goûts musicaux. Les deux chercheurs s'amusent de leur âge en affirmant: «On lui a appris des danses de notre époque comme le twist, le rock et le jerk. » Et pourtant, il y a de quoi révolutionner le monde de la danse. "On voudrait inclure la danseuse dans un ballet, avec un groupe de danseurs qui improviseraient. Ainsi, elle influencerait à son tour les danseurs réels", explique Marie-Hélène Tramus. C'est au cirque que Michel Bret imagine, lui, sa danseuse. Un rêve d'enfant entre les mains de l'art et de l'informatique.

S. Ch