LE MONDE INFORMATIQUE
LE JOURNAL DES PROFESSIONNELS DE L'INFORMATIQUE
2 novembre 1981
Nouvelles
Art et informatique, enfin ça bouge
"Dè les années 1969, il nous est apparu clairement que les principales directions prises par le Computer
Art n'offraient pas de réponses satisfaisantes à la question de savoir si l'emploi d'ordinateurs pouvait apporter des renouvellements
durables dans les domaines artistiques. » Cette déclaration de Jacques Arveiller du Groupe Art et Informatique de Vincennes (Gaiv)
explique pourquoi les travaux du groupe de Vincennes ont peu à peu évolué vers une forme d'« art assisté par ordinateur» dont
il est aujourd'hui permis de penser qu'elle va effectivement apporter des renouvellements durables dans les domaines artistiques.
La projection de l'œuvre de Michel Bret, également du groupe de Vincennes, qui vient d'être organisée par la nouvelle
association Artemis (voir encadré), permet en effet de mesurer tout le chemin parcouru, et laisse entrevoir un champ de
développements futurs très vaste.
L'œuvre est spécifiquement informatique. Aucun outil au monde autre que l'informatique n'aurait permis de réaliser ces générations
successives d'images (affichées en temps réel sur un moniteur vidéo) qui font apparaître des évolutions de formes
géométriques, parfois complexes, accompagnées de rythmes colorés.
L'effet est saisissant
La génération des formes, leurs évolutions respectives tant sur le plan géométrique que sur celui des
couleurs (la «palette» comprend 4096 teintes), a des rythmes propres, au cours de la même séquence,
donne une œuvre riche. Elle apporte une dimension supplémentaire à l’art non figuratif : Le rythme.
On imagine sans peine ce que les écrans muraux plats de demain pourraient apporter à cette forme
d'art. L'animation de surfaces ne se réduirait plus à ce qu'elle est aujourd'hui (dans le meilleur des cas)
c'est-à-dire un simple jeu d'ombre et de lumière déterminé par des éléments sculpturels figés.
Des murs entiers pourraient changer de «forme» et de couleur à un rythme choisi. On ne verrait
que du bleu là où une heure auparavant on voyait la vie en rosé. Magie de l'informatique.
Le pinceau, les couleurs, la palette, le chevalet utilisés par Michel Bret ont pour nom LSI/11 32 Ko,
tablette de saisie graphique Bit Pad, synthétiseur d'images « Colorix » (création de Louis Audoire du
département d'informatique de Paris VIII). La toile est un téléviseur couleur comme on en trouvera
bientôt chez tous les bons marchands de fournitures pour artistes peintres. Quant au croquis,
qu'on appellera «le logiciel», il a été réalisé pour des raisons d'encombrement mémoire et de
rapidité d'exécution en assembleur Macro 11.
Ce logiciel, interactif, permet de produire des animations,
en temps réel, de formes colorées sur le développement
desquelles un contrôle permanent est exercé au moyen des
outils interactifs (clavier et tablettes de saisie graphique).
Ces développements sont obtenus à partir de plusieurs
procédés. Parmi ceux-ci citons les « rythmes colorés »
(consistant à faire évoluer les différents paramètres du programme
selon des lois périodiques dont il est possible d'ajuster les valeurs à
tout instant), l'animation par « dessins clés » (consistant à faire
générer par le système des dessins intermédiaires entre plusieurs
dessins tracés sur la tablette), etc.
Artemis qui vient d'organiser la projection de l'œuvre de Michel Bret
est une association à but non lucratif qui vient de se créer pour favoriser
« la rencontre et l'échange entre hommes d'entreprises, d'universités,
d'administrations, d'organismes de conseil, d'artistes... afin de susciter
et de générer des projets collectifs ou individuels autour de différents
thèmes». Les premiers thèmes proposés sont : les jeux, l'informatique,
la culture technique, la prospective, et la futurologie.
Les prochaines rencontres organisées par Artemis auront lieu les
18 novembre et 19 décembre autour des sujets suivants: «Fonctions
humaines, fonctions informatiques», « Les racines de l'informatique :
Œdipe et Télémaque ».
Renseignements : 806-69-69.