Michel Bret
" II n'y a pas d'art sans technique. Sachant bien sûr qu'une équation n'est intéressante que
si elle permet de rêver."
981: "Métamorphose", film de 12 minutes
1985: "Synthèse 3D", film de 12 minutes
1986; "Anyflo", film de 3 minutes
1988 : "Automappe", film de 4 minutes, Grand Prix de l'œuvre créative à Parigraph, Grand Prix de la Critique et 3e Prix de la fiction à Imagina
1989-."Saute".
Chercheur et brasseur d'images. Mathématicien et rêveur. Michel Bret est l'un de ces personnages improbables qu'on pourrait croire tout
droit sorti d'un album de bande dessinée. Tryphon Tournesol pour la créativité scientifique, Lewis Caroll pour l'imaginaire à fleur de rêve,
à peu de choses près l'incarnation de cette figure mythique et cuménique qui saurait, enfin, concilier les chemins de la science et de la
création: le savant-artiste. Mais attention, sérieux, hein, notre homme, l'un des concepteurs d'images de synthèse les plus intéressants
du moment, est aussi, tout bonnement, l'un des "pères" de l'infographie made in France.
Mathématicien de formation (encore aujourd'hui, il enseigne les maths et l'informatique à l'université), Michel Bret cultive depuis
toujours une passion pour la peinture, l'image. Dans son esprit d'ailleurs, les deux univers tendent à se confondre: si sa raison
sociale le définit avant tout comme chercheur, lui se vit surtout comme artiste, sans états d'âme.
1976, sa route croise celle des ordinateurs: il découvre le département Art et informatique de l'université de Paris 8,
unité expérimentale, unique en Europe. C'était un endroit incroyable, dit-il, une sorte de laboratoire où des créateurs de
tous horizons et de toutes disciplines s'investissaient dans les machines pour développer leur art. J'y suis entré un jour,
et je n 'en suis plus jamais ressorti depuis.
Il s'immerge dans l'informatique, commence à écrire des programmes. Pour finalement concevoir une série de logiciels
d'image de synthèse (Iko, Ikograph, Iko-light, etc.) qui vont devenir de véritables références dans le monde de l'infographie.
Paradoxe, Michel Bret ne l'a pas fait exprès. Je ne les ai pas créés par passion de l'informatique, je n'avais pas non plus
prévu de les commercialiser. En fait, initialement, j'ai tout simplement écrit ces programmes pour mon usage personnelle
je voulais concevoir mes propres images de synthèse, seulement les outils informatiques qui existaient alors sur le marché
étaient très insuffisants pour ce que je souhaitais faire. Alors je me les suis fabriqués...
L'anecdote illustre bien son parcours de créateur. À des années-lumière de toute intention commerciale, son seul
souci est de donner vie, par écran interposé, à ses "uvres plastiques". Depuis 1980, Michel Bret a produit, seul,
l'équivalent de plus de deux heures d'images de synthèse. Pour lui, tout simplement: Le travail à la commande
ne m'intéresse pas. Mettre en forme l'univers des autres, non merci. Que ses films, par la suite, soient ou non
diffusés et vendus ne le concerne pas vraiment; lui se contente de ses revenus d'enseignant, et du temps-machine
qu'on lui "prête" en échange de ses compétences d'informaticien.
Une distance qui ne l'empêche pas, toutefois, de porter un regard lucide, voire féroce, sur la synthèse d'image.
La création infographi-que, dans 90% des cas, est totalement consternante sur le plan plastique. La plupart des
infogra-phistes n'ont aucune aptitude au rêve, ce qui les motive, ce sont les maths, les équations, la rigueur.
D'une certaine manière, je comprends les artistes qui font une réaction de rejet par rapport à toute cette médiocrité
qui sort des ordinateurs. On ne devrait jamais oublier que les machines, si sophistiquées soient-elles, ne sont jamais
qu'un moyen, et surtout pas une fin en soi. Ce qui reste, ce qui compte, c'est la sensibilité.
Nicolas Finet