Michel Bret, Assembleur 1979. Essai de tablette graphique
Edmond Couchot et Michel Bret, Le Pissenlit 1996. Installation interactive à base de modèle dynamique.
Edmond Couchot, Michel Bret
Dans Leçons américaines, Aide-mémoire pour le prochain
millénaire, Italo Calvino célèbre la légèreté, choisissant comme symbole
votif pour saluer le prochain millénaire «le bond agile et imprévu du poète-philosophe
qui s'appuie sur la pesanteur du monde, démontrant que sa gravité détient le secret de sa légèreté». La Plume et le
pissenlit s'inscrit dans le droit fil des visions de la légèreté chères
à l'écrivain. Michel Bret et Edmond Couchot font partie de cette catégorie
d'artistes qui n'ont cessé de questionner les sciences et les techniques. Le
premier est un artiste mathématicien qui après avoir pratiqué la peinture et le collage, a développé plusieurs
logiciels d'images de synthèse, dont le plus
connu estAnyflo, avec lequel a été conçue la Plume et le pissenlit.
Il a réalisé plusieurs films en image de synthèse, dont certains,
comme Cahin Caha ou Automape ont été primés dans des manifestations
comme «Imagina». Edmond Couchot, également plasticien d'origine, s'est, lui,
intéressé dès les années 60 à la participation du spectateur, comme en
témoignent ses mobiles musicaux. L'œuvre ici présentée reprend les préoccupations anciennes de l'artiste,
mais à partir de recherches en informatique de pointe - celles portant en
particulier sur le développement
d'interfaces de plus en plus sophistiquées
et presque sensuelles, qui empruntent leur
modèle à la biologie. Le principe, ici, consiste à souffler sur une
image. Au bas de l'écran repose une fleur de pissenlit. Lorsque l'on souffle
sur la fleur, par l'intermédiaire d'un capteur, une multitude d'akènes s'en détachent et se dispersent au
hasard du vent. Dans une autre version, ce n'est plus d'une fleur,
mais d'une plume qu'il s'agit. En soufflant légèrement,
la plume s'envole, jusqu'à disparaître complètement de l'écran si le
souffle est trop fort, et redescend ensuite en suivant des trajectoires complexes,
générées aléatoirement par le jeu des interactions entre le
«spectateur-souffleur» et le système, et de ce fait chaque fois différentes.
Car c'est bien de simulation interactive
qu'il s'agit, d'un enrichissement de la relation homme/machine, et non
d'images enregistrées préalablement : Couchot et Bret sont des plasticiens de
l'interface, comme d'autres le sont des
surfaces. Un tel dispositif,
aussi pulvérulent et discret paraisse-t-il, n'en ouvre pas moins aux
questions aujourd'hui les plus cruciales, car s'appuyant sur les recherches les
plus novatrices (algorithmes génétiques, automates cellulaires etc.),
ce sont les rapports du vivant et de l'artificiel qu'il interroge directement.
Norbert Hillaire